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Abandon de famille : comment porter plainte pour pension impayée

Le 20 janv. 2026 | Pension Alimentaire

Face à un ex-conjoint qui refuse obstinément de payer la pension alimentaire malgré vos relances et mises en demeure, il existe un ultime recours : le dépôt de plainte pour abandon de famille. Ce délit pénal, prévu par le Code pénal, peut entraîner jusqu'à deux ans de prison et 15 000 euros d'amende.

Au-delà de la sanction, la menace d'une poursuite pénale constitue souvent un levier très efficace pour débloquer les situations les plus enlisées. Voici tout ce qu'il faut savoir sur ce recours.

Qu'est-ce que l'abandon de famille ?

Définition juridique

L'abandon de famille est un délit prévu par l'article 227-3 du Code pénal. Il sanctionne le fait de ne pas exécuter une décision de justice ou une convention homologuée imposant le versement d'une pension alimentaire, d'une contribution aux charges du mariage ou d'une prestation compensatoire.

Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, l'abandon de famille ne concerne pas uniquement les parents qui disparaissent. Il vise principalement les personnes qui, tout en étant présentes, refusent de respecter leurs obligations financières familiales.

Les différentes formes d'abandon de famille

Le Code pénal distingue plusieurs situations :

  • Non-paiement de pension alimentaire : la forme la plus courante, concernant les pensions pour enfants ou ex-conjoints
  • Non-paiement de contribution aux charges du mariage : pour les couples mariés mais séparés de fait
  • Non-paiement de prestation compensatoire : la somme versée à un ex-époux après divorce
  • Non-paiement de subsides : les sommes dues à un enfant né hors mariage

Les conditions du délit

Le délai de deux mois

Pour que le délit soit constitué, le non-paiement doit s'étendre sur une période de plus de deux mois. Ce délai court à partir de la date où le paiement aurait dû être effectué.

Attention : il s'agit de deux mois consécutifs ou non sur une période d'un an. Ainsi, si votre ex ne paie qu'un mois sur deux pendant plusieurs mois, le délit peut être caractérisé dès que le cumul des impayés dépasse deux mensualités.

Une décision de justice exécutoire

Le délit suppose l'existence d'une décision de justice fixant le montant de la pension :

  • Jugement de divorce ou d'ordonnance de non-conciliation fixant une pension alimentaire
  • Ordonnance du juge aux affaires familiales dans le cadre d'une séparation de parents non mariés
  • Convention parentale homologuée par le juge
  • Acte d'avocat revêtu de la force exécutoire (depuis la réforme de 2021)

Sans titre exécutoire, pas de délit. Un simple accord verbal ou écrit entre les parents ne suffit pas.

L'élément intentionnel

Le débiteur doit avoir eu connaissance de son obligation et avoir volontairement décidé de ne pas l'exécuter. L'intention frauduleuse est présumée dès lors que le débiteur a été informé de la décision (par signification ou notification).

Toutefois, le débiteur peut invoquer son insolvabilité pour se défendre. S'il prouve qu'il était dans l'impossibilité absolue de payer (chômage sans indemnités, maladie grave, etc.), il peut échapper à la condamnation pénale.

Les sanctions encourues

Les peines principales

L'abandon de famille est puni de sanctions sévères, qui témoignent de la gravité avec laquelle le législateur considère ce manquement :

  • 2 ans d'emprisonnement (le plus souvent avec sursis en première condamnation)
  • 15 000 euros d'amende

Les peines complémentaires

Le tribunal peut également prononcer des peines complémentaires :

  • Suspension du permis de conduire : mesure très dissuasive pour ceux dont le travail dépend du véhicule
  • Interdiction des droits civiques : droit de vote, éligibilité
  • Affichage de la décision : dans les journaux locaux
  • Inscription au casier judiciaire : visible des employeurs publics et de certaines professions

Les conséquences pratiques

Au-delà des peines prononcées, une condamnation pour abandon de famille peut avoir des répercussions importantes :

  • Difficultés professionnelles pour les métiers nécessitant un casier vierge
  • Impact sur les procédures familiales en cours (le juge peut tenir compte du comportement du parent)
  • Perte de crédibilité dans le cadre d'une garde partagée
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Déposer plainte pour abandon de famille

Le non-paiement de pension depuis plus de 2 mois est un délit. Notre outil vous aide à rédiger une plainte complète et à l'envoyer au bon tribunal.

Rédiger ma plainte
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Capture d'écran Famileasy - Déposer plainte pour abandon de famille

Comment déposer plainte ?

Où déposer plainte ?

Plusieurs options s'offrent à vous :

  • Au commissariat ou à la gendarmerie : la solution la plus simple, mais les policiers ne sont pas toujours formés à ce type de délit
  • Par courrier au procureur de la République : plus efficace car directement adressé au magistrat compétent
  • Par voie électronique : via la plateforme "pré-plainte en ligne" puis confirmation au commissariat

Les pièces à fournir

Pour que votre plainte soit recevable et efficace, joignez :

  • La décision de justice fixant la pension (jugement, ordonnance ou convention homologuée)
  • Un décompte précis des impayés mois par mois, avec le total des sommes dues
  • La preuve de notification de la décision au débiteur (signification par huissier ou accusé de réception)
  • Les preuves de vos démarches préalables : mises en demeure, relances, tentatives de recouvrement
  • Tout élément prouvant la mauvaise foi : train de vie du débiteur, nouvelles acquisitions, refus de répondre à vos messages

Le contenu de la plainte

Votre plainte doit mentionner :

  • Vos coordonnées complètes et celles du débiteur
  • Les références de la décision de justice (juridiction, date, numéro)
  • Le montant mensuel de la pension fixée
  • Les mois concernés par le non-paiement
  • Le montant total des arriérés
  • Les démarches de recouvrement déjà entreprises
  • Votre demande de poursuites pénales

Le déroulement de la procédure

L'enquête préliminaire

Une fois la plainte reçue, le procureur peut décider d'ouvrir une enquête. Les services de police ou de gendarmerie vont alors :

  • Auditionner le débiteur pour recueillir ses explications
  • Vérifier sa situation financière réelle
  • Rechercher d'éventuels éléments de mauvaise foi

Les suites possibles

À l'issue de l'enquête, le procureur peut :

  • Classer sans suite : si les faits ne sont pas caractérisés ou si le débiteur était réellement insolvable
  • Proposer une médiation pénale : le débiteur s'engage à payer sous peine de poursuites
  • Proposer une composition pénale : alternative aux poursuites avec reconnaissance de culpabilité
  • Poursuivre devant le tribunal correctionnel : pour les cas les plus graves ou récidivistes

L'audience correctionnelle

Si l'affaire est renvoyée devant le tribunal, vous serez convoqué comme victime. Vous pourrez vous constituer partie civile pour réclamer :

  • Le paiement des arriérés de pension
  • Des dommages et intérêts pour le préjudice subi
  • Le remboursement de vos frais (avocat, déplacements)

L'effet dissuasif : le vrai intérêt de la plainte

La menace suffit souvent

Dans la pratique, la simple annonce d'un dépôt de plainte déclenche souvent un miracle. Face à la perspective d'une convocation au commissariat, d'une audition par un juge et d'une potentielle condamnation, beaucoup de débiteurs récalcitrants trouvent soudainement les moyens de payer.

L'inscription au casier judiciaire effraie particulièrement les personnes ayant des responsabilités professionnelles : fonctionnaires, cadres, professions réglementées.

La médiation pénale

Fréquemment proposée par le procureur, la médiation pénale permet de trouver un accord : le débiteur s'engage à régulariser sa situation (plan d'apurement des arriérés) en échange de l'abandon des poursuites.

Cette solution présente l'avantage d'obtenir rapidement le paiement tout en évitant les aléas d'un procès. Le médiateur pénal supervise l'exécution de l'accord.

Plainte pénale et autres recours : quelle stratégie ?

Cumuler les procédures

La plainte pénale n'exclut pas les autres voies de recouvrement. Vous pouvez parfaitement :

  • Déposer plainte ET saisir l'ARIPA pour recouvrer les arriérés
  • Déposer plainte ET faire saisir le salaire par un huissier
  • Déposer plainte ET demander au Trésor Public d'intervenir

Ces procédures sont complémentaires : la plainte pénale exerce une pression psychologique tandis que les procédures civiles permettent de récupérer concrètement les sommes dues.

Quand porter plainte ?

Le bon moment pour porter plainte est généralement :

  • Après avoir épuisé les voies amiables (relances, mise en demeure)
  • Quand les impayés dépassent clairement deux mois
  • Quand le débiteur manifeste clairement sa mauvaise foi
  • Quand les autres procédures de recouvrement ont échoué ou piétinent
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Pension alimentaire impayée ?

Famileasy vous accompagne de A à Z : calcul des arriérés, mise en demeure, saisine du Trésor Public ou plainte pour abandon de famille. Récupérez les sommes dues.

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Capture d'écran Famileasy - Pension alimentaire impayée ?

Les limites de la procédure pénale

Une procédure longue

Il faut être réaliste : la procédure pénale peut prendre plusieurs mois, voire plus d'un an entre le dépôt de plainte et l'éventuelle audience. Ce n'est pas la solution miracle pour récupérer rapidement de l'argent.

L'insolvabilité, une excuse valable

Si le débiteur démontre qu'il était dans l'impossibilité absolue de payer (pas seulement des difficultés, mais une vraie impossibilité), il peut être relaxé. Le juge pénal n'est pas là pour condamner la pauvreté.

Le risque de détériorer la relation

Déposer plainte contre le père ou la mère de ses enfants n'est jamais anodin. Cela peut envenimer durablement les relations, ce qui n'est pas forcément dans l'intérêt des enfants. À utiliser en dernier recours.

La prescription

Le délit d'abandon de famille se prescrit par 6 ans à compter de la dernière échéance impayée. Tant que de nouveaux impayés s'accumulent, le délai de prescription recommence à courir.

Cette prescription longue vous laisse le temps de constituer votre dossier et de tenter d'autres recours avant de porter plainte.

En résumé : un recours à ne pas négliger

L'abandon de famille est un délit pénal sérieux qui peut entraîner des sanctions lourdes. Même si la procédure est longue, son effet dissuasif est souvent suffisant pour débloquer les situations les plus bloquées.

Les points essentiels :

  • Conditions : plus de 2 mois d'impayés + décision de justice exécutoire
  • Sanctions : jusqu'à 2 ans de prison et 15 000€ d'amende
  • Effet dissuasif : la menace de poursuites suffit souvent à débloquer les paiements
  • Complémentarité : cumulable avec les procédures civiles de recouvrement

À retenir : ne pas payer la pension alimentaire de son enfant n'est pas un simple désaccord financier entre adultes. C'est un délit qui prive l'enfant des moyens nécessaires à son entretien et son éducation. Porter plainte, c'est faire respecter les droits de l'enfant.

Photo Juriste

Julien Goirand

Juriste diplômé d'un Master 2 délivré par la Faculté de Droit d'Aix-en-Provence | Concepteur d'outils juridiques | Rédaction & référencement internet pour les professionnels du droit

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